Glaives encrés sur cellulose, ceci est bien plus qu’une lettre, c’est un miroir où tu te troubles.
Il fut question maintes fois des poignards du déclin, l’inexorable horloge qui règle le désamour.
Pour qu’il y ait désamour, encore faut il que l’on s’aimât. Ne s’aime t’on pas étrangement malgré soi dans autrui ? L’aliénation est un vitrail sans tain, déformant.
Persuasion clandestine d’attachement passager. L’animal en nos seins est un chien solitaire, qui s’affirme grégaire mais qui hurle en soliste.
Bien avant que ne filent ces noces de poussière dans le vent de l’oubli, je voudrais que l’on tente de moduler le temps, le faire se dilater, ou le faire s’arrêter, tout est à l’avenant…
Il nous faudra user de mille contournements, se démultiplier relève du contingent :
Noces clandestines, suite lyrique d’abandons, il faudra que tu brûles quand mon corps prendra flamme.
Un opéra mundi, accident musical, comme un accord plaqué d’une main qui se meurt.
Appréhendant l’offrande, il faudra que tu humes ces mystérieuses huiles qui oindront d’autres mains.
Je me veux vaniteuse, esclave du désarroi ;
Tu seras parmi moi, sans être dedans moi, il sera indicible ce parfait mouvement, mes brusques capitulations auront l’air d’être à toi, ton regard devra, à cet instant, me retenir.
Je ne serai pas preste à céder au frisson, il lui faudra sertir mes errances, mes émois : quiddité en offrande, presque une irrévérence.
Fragiles sont les avoirs ; et si lestes les savoirs, tu trouveras, dans ces autres prunelles, l’agonie démentielle, celle qui me fera tienne, ….
Et qu’ils brillent, térébrants, mes cris effervescents, qu’ils écornent ma voix, éludent cette confusion nouvellement acquise, je me veux leste et grave dans l’effusion des grâces.
Tu ne me connaîtras que grimée d’autres hanches.
Tel un soudain secret, juste soudés par l’absence, ignifugés, sans transes, une parole d’oracle sculptée dans l’intervalle, tu sais, ce brusque temps où l’illusion s’affale en matière touchante…ce sera notre Nef des Fous, fragile, fugace et louche.
Ce sera grave et beau, et il faudra, je veux, que tu me dises « vous » ; juste là, comme ça, parce que je ne serai plus vraiment moi, je serai mille en moi et surtout Une en toi.
Offerte et régnante.
Mais il faut que tu saches que ma tunique d’illusion bruissera comme si j’étais en vie, fœtale, fractale, et chiffonnera ces véhémences qui s’agrippent à mon corps qui s’efface.
Je serai l’Imperceptible, l’être sans chair.
Mes hanches sont si libres, nul ne les apprivoise.
Trémolos de rondeurs brutalisant le temps, et rondes de ce silence à peine bruité.
Tanguer au bord de l’ombre, le long de la falaise, zébrer de sa lumière les confins du secret, s’éloigner, lucifuge, des morcelés aguets.
Tu ne parleras pas, auras la langue grosse, le corps dissimulé dans ton suif- forteresse.
A force d’engloutir mes passages de vivre, mes chapitres calibres, ces tomes de prière- fusion.
Ne dis rien, surtout, non, ne dis rien : les mots engendrent le meurtre de la chose.
Tu médites, médis, dédies ce que tu vis,
me maudis, réfugié transi dans le frugal, l’immémorial, l’inné vital.
Incandescence en berne voici que tout se freine, et des cosmos en friche, matière noire sereine, tout porte mon poids, ma peau, et ma peau s’amplifie.
Jusqu’à suinter de vide, l’enfer se dulcifie
Que faut il de patience, de gloire en abondance pour équarrir du bloc les mains de Thanatos ?
Elaguer les outrages des empires en semence, ne plus se retenir dans l’enflure des narcoses…
Tu me dis, vacillant :
-« je vais gémir, tu sais lorsque tout grandira, lorsque je te verrai. Tu ne seras que Vent, in-venue, boréale, au placide des mats hiers, sur ta couche de percale. »
Et moi, perdue déjà dans cette déchéance, abrutie de lésions, absente, déjà, démence :
-« N’aie pas peur, je n’aurai plus de vibrance en toi, c’est étrange : il me semble que je puis m’évanouir.
L’oubli dissolutif brûle les oriflammes, ce qui sua des nuits, ce qu’hurlaient mes calames se délaye aux verdeurs d’aubes encore à venir ;
L’artifice va se fondre dans le feu de ma joie. »
Puis de tes yeux mi-clos tu me tendras l’azur, car les bleues insomnies s’ébranlent délicates. L’éboulis palpébral se fera sans tumulte : le mouvement des cieux ne fait pas de vacarme.
Il faudra dès ce temps que tu brûles sans ombre, que tu glisses, fugueur jusqu’à l’infranchissable : le trou noir du désir te trouvera serein, aspirant l’autrefois, l’inclassable mutisme.
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